Le Nil Source d’énergie… ou de conflits !

« Ce sont des petits ruisseaux que naissent les grands fleuves ». L’adage bien connu s’applique aisément aux problématiques de la ressource énergétique que constitue le Nil pour ses pays riverains. Fleuve d’une longueur de près de 6500km, issu de la rencontre au Soudan du Nil Bleu (lac Tana en Ethiopie) et du Nil Blanc (lac Victoria en Ouganda, Kenya et Tanzanie), le Nil traverse ou longe 10 pays, tous fortement concernés par ses ressources.

ImageVue satellite du delta du Nil – NASA

La coopération pour l’exploitation du Nil

Historiquement, des initiatives lo- cales ont permis son exploitation principalement en Egypte et à des fins d’irrigation. En 1929, à l’époque coloniale, un accord entre l’Egypte et l’Empire Britannique offrait un droit de veto à l’Egypte sur tout projet d’ouvrage en amont sur le Nil. Un second accord avait également été conclu en 1959 entre l’Egypte et le Soudan (excluant les 8 autres Etats) et s’accaparant à eux seuls près de 75% de l’eau disponible.

Aujourd’hui, du fait de tensions récurrentes, les pays riverains du Nil s’organisent pour une gestion conjointe du fleuve et ainsi coordonner chacune de leurs initiatives. Cette coopération permet d’étudier l’opportunité de grands projets de développement hydraulique à usages multiples à l‘échelle régionale. En 1997, un programme de travail a été initié permettant au Conseil des Ministres des Etats riverains du Nil de conclure en 1999 un accord liant 9 des 10 pays. Cet accord donne naissance à « Nile Basin Initiative » chargée de la régulation de la répartition des eaux du Nil pour l’exploitation humaine.

C’est dans cette continuité que l’Eastern Nile Technical Regional Office (ENTRO) a été décidée. Sur fonds norvégiens, cette étude consistait à analyser le plan d’investissement dans les moyens énergétiques des 3 pays du Nil Bleu : Ethiopie, Egypte et Soudan.

Elle a permis de mettre en évidence plusieurs sites potentiels pour la mise en œuvre d’ouvrages hydroélectriques en complément des 6 déjà existants, dont le très controversé barrage d’Assouan connus pour être à l’origine du Lac Nasser.

La polémique du barrage de la « renaissance »

Alors qu’un accord sur le partage des eaux du Nil est actuellement en négociation dans le cadre de Nile Basin Initiative, l’Ethiopie a unilatéralement annoncé au grand public, le 31 mars 2011, sa volonté de lancer la construction d’un ouvrage. Ce projet, appelé « Border Dam », « Grand Renaissance Dam » ou encore « Millenium Dam », comprend un barrage de 145 mètres de haut et 1800 mètres de long sur le Nil Bleu et permettrait d’obtenir une puissance de 5240MW. Le site avait été identifié en 1964.Image

Un contrat de 4,8 milliards de US dollars a d’ores et déjà été signé sans études préliminaires ni processus d’appel d’offres préalable. La société italienne Salini Costruttori a commencé les travaux sur site, le 2 avril 2011, sous l’égide du Premier Ministre Ethiopien.

L’Ethiopie souhaite financer en fonds propres l’intégralité des 44 mois de travaux estimés par le biais d’emprunts, notamment auprès de banques chinoises. Ce projet représenterait 70% du budget de l’Etat. Un appel a été lancé en parallèle auprès de la population éthiopienne, avec pour intention de faire de cet ouvrage une cause nationale. Le peuple a répondu en masse à la requête du gouvernement (1/17 habitants). Cependant, il faut bien noter que le montant nécessaire annoncé n’intègre pas le coût des lignes de transmissions.

Par ailleurs, l’ancien directeur de la Banque Mondiale pour cette région, Ken Ohashi a déclaré que l’attribution d’un prêt pour financer les projets d’infrastructure ambitieux de l’Ethiopie pourrait conduire à des problèmes d’endettement. Il semblerait donc que les probabilités d’obtention d’une aide par un fonds d’investissement soient faibles.

Enfin, le Grand Renaissance Dam, dont les études techniques sont réalisées simultanément à sa construction et pour lequel il n’existe encore aucune étude des impacts environnementaux et sociétaux, ni de maitrise d’impact des risques à l’aval, remet en cause la faisabilité des projets amont en cours d’étude de Nile Basin Initiative et de ses financeurs norvégiens.

Ces autres projets prometteurs sur le Nil Bleu établis comme prioritaires à l’issu des études d’ENTRO, tels que Mandaya (200 mètres de haut et une usine de 2000 MW) et Beko Abo (285 mètres de haut et usine de 2100 MW), seraient largement affectés et rendus inconstructibles par l’existence d’une retenue de telle ampleur.

Pour sa défense sur la scène politique régionale, l’Ethiopie invoque le fait que l’Egypte ait construit le barrage d’Assouan sans consultation préalable. Il est d’ores et déjà plus que probable que dans les années à venir la gestion du Nil ne constituera pas un long fleuve tranquille…

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A propos mariemorisse

Etudiante en Mastère Spécialisé Management et Marketing de l'Energie.
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