Tribune sur la Management de l’Energie et la norme ISO 50001 dans Energie Plus, le Magazine de l’ATEE

J’ai proposé une tribune sur les systèmes de management de l’énergie et la norme ISO 50001 qui a été publiée le 15 avril (Energie Plus, N°504).

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http://atee.fr/energie-plus-magazine/actualites/lun-22042013-1543-dossier-syst%C3%A8me-de-management-de-lenergie-sm%C3%A9

Olivier CATEURA.

Voici la version longue :

ISO 50001 : Transformer une contrainte en opportunité en plaçant l’énergie au cœur de la stratégie de l’entreprise.

Outil stratégique de développement de l’efficacité énergétique, la nouvelle norme ISO 50001, sur les systèmes de management de l’énergie reste paradoxalement trop peu médiatisée. C’est bien dommage… mais il n’est pas trop tard ! Elle pourrait en effet être un levier d’action puissant dans le Débat National sur la Transition Energétique.

Pourquoi se lancer dans une démarche de certification ISO 50001 ?

Publiée en juin 2011, la norme internationale ISO 50001 formalise les étapes et les procédures pour mettre en œuvre au sein d’une organisation, un système de management de l’énergie (SME – EnMS Energy Management Systems en anglais). Visant, dans une perspective d’amélioration continue, à l’optimisation des consommations énergétiques, un SME se fonde sur une politique énergétique, sur son suivi et enfin sur son pilotage régulier favorisant la réduction des consommations. En s’engageant dans la durée, et en formalisant des procédures parfois hétéroclites, la norme établit des standards, des références sur lesquels il est possible de se positionner.

Certes elle ne contribue pas directement au développement des énergies renouvelables, en revanche elle a un réel impact sur l’efficacité énergétique de nos industries ou des consommations de sites tertiaires. Elle change surtout le regard que l’on peut avoir sur l’énergie. Le vrai bénéfice de la démarche est de proposer une vision intégrative et durable des consommations d’énergie. Dans un contexte de lutte contre le changement climatique et de hausse des coûts de l’énergie, une telle démarche est forcément vertueuse.

A court terme, le retour sur investissement peut être rapidement trouvé en moins de deux ou trois ans.

Certains investissements (variateurs, nouveau chauffage ou éclairage…) peuvent générer d’importantes économies et financer ainsi le coût de la démarche. L’existence d’aides financières ou encore la bonification de certificats d’économie d’énergie (CEE) sont aussi des arguments favorisant cette initiative. Idéalement, l’intérêt reste de développer en interne une compétence en management de l’énergie. Processus innovant, la démarche peut être, dans un premier temps, accompagnée par des consultants spécialisés. Les organismes de certifications (tels AFNOR, Bureau Veritas, LRQA, DNV ou encore SGS) ont rapidement adapté leurs offres de conseil et de formation pour ce nouveau créneau. Les sociétés de services en efficacité énergétique comme Dalkia, Cofely ou Idex sont aussi des interlocuteurs pertinents. Ainsi, « Manager de l’énergie » est donc un de ces nouveaux emplois en croissance. Certaines formations spécialisées se développent d’ailleurs sur ces créneaux qui mélangent compétences techniques et savoir-faire organisationnels. L’idée est d’initier une démarche de transformation durable. Elle s’accompagne donc de changement d’habitudes et de pratiques. Le volet humain et organisationnel n’est pas à négliger.

A moyen terme, et notamment après l’interne, il est aussi possible de générer une démarche vertueuse avec ses clients et partenaires.

Fondée sur la même méthode, PDCA (Plan, Do, Check, Act ou Préparer, Développer, Contrôler et Agir, en Français) à l’instar des normes ISO 9001 (Management de la qualité) ou ISO 14001 (Management environnemental), la nouvelle norme ISO dédiée à l’énergie est un réel atout organisationnel. L’intérêt d’une telle norme est de faire référence, et rendre plus transparent et visible à l’externe des démarches souvent internes. C’est en effet un objectif à atteindre, motivant et valorisable car comparable à l’extérieur de l’organisation. Cette démarche stimule de nouvelles pratiques d’achats plus responsables et collaboratifs. Mes collègues Hugues Poissonnier et Michel Philippart, à Grenoble Ecole de Management, ont à ce titre récemment présenté une démarche d’achats collaboratifs[1]. La mise en œuvre d’un SME encourage en effet une nouvelle approche par le coût global et non plus sur le seul prix à l’achat. Changer de perspective en proposant une vision plus globale et durable de l’énergie est un des bénéfices de cette démarche.

A long terme, un système de management de l’énergie, contribue au mouvement de responsabilité sociétale des entreprises (RSE).

Engagement vers un développement durable, la responsabilité sociétale de l’entreprise conduit les firmes à rendre des comptes sur l’impact de leur activité. Les émissions de gaz à effet de serre (GES – GHG) et les consommations d’énergie sont des indicateurs référents aujourd’hui. Au lieu de s’adapter à ces nouvelles contraintes, il peut être intelligent d’anticiper et d’initier des démarches plus vertueuses. C’est ainsi qu’au lieu de RSE (CSR – corporate social responsability, en anglais), le gourou de stratégie d’entreprise et de compétitivité, Michael Porter parle lui de « valeur partagée » (Creating Shared Value). En les distinguant des actions qui relèvent plus de la philanthropie ou de la bonne communication, Porter souligne qu’une intégration d’une démarche responsable est bien plus efficace et porteuse de sens, pour les salariés comme les clients. A ce titre, la mise en œuvre d’un système de management de l’énergie relève clairement plus de cette recherche de valeur partagée que d’une action de communication ou de « greenwashing ». C’est d’abord une priorité de réduction des consommations, mais qui reste utile et porteur d’intérêt pour la collectivité.

Pour une fois, les cordonniers ne sont pas les plus mal chaussés. Ainsi, Schneider Electric, acteur directement concerné par ces démarches et les enjeux liés à ce marché, s’est engagé au plus tôt dans ce processus. Le siège social du groupe à Rueil-Malmaison (appelé aussi le Hive – la Ruche ou Hall d’Innovation et Vitrine de l’énergie) a été le premier bâtiment au monde certifié ISO 50001. Par la suite, début 2012, les cinq principaux sites de Schneider Electric en région grenobloise ont aussi bénéficié de cette certification.

Au-delà des seuls acteurs de l’énergie, il y a fort à gagner pour l’ensemble des entreprises françaises et européennes à s’engager dans des systèmes de management de l’énergie. La certification ISO 50001 en est une belle récompense. Elle doit devenir une nouvelle priorité dans l’agenda du dirigeant, comme le fut l’excellence et la qualité industrielle dans les années 1990. Il s’agit aujourd’hui de stimuler la performance industrielle et environnementale par le management de l’énergie. La compétitivité de nos industries et la lutte contre la désindustrialisation s’en trouverait nettement améliorée.

La certification ISO 50001 mérite donc davantage de visibilité. Encore une fois comparée à nos amis allemands, les expériences pilotes en France sont malheureusement encore trop rares. Soulignons dans le monde des municipalités, l’initiative de la ville de Saint-Raphaël, dans le Var, qui a obtenu récemment en partenariat avec EDF, la certification ISO 50001 pour son SME.

Au-delà des entreprises, cette démarche vertueuse devrait être davantage partagée, pour le bien de notre économie et celle de la planète. L’énergie la moins chère et la plus durable reste celle que l’on ne consomme pas. Au travail…

Olivier CATEURA, PhD. est professeur de management stratégique à Grenoble Ecole de Management. Spécialiste du secteur de l’énergie ; il est directeur du Mastère Spécialisé (MS) en Management & Marketing de l’Energie (www.grenoble-em.com/msenergie ).


[1] Poissonnier & al. (2012) Les achats collaboratifs. Pourquoi et comment collaborer avec vos fournisseurs. De Boeck. Bruxelles. 205p.

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