Les Energies marines renouvelables, une opportunité pour l’économie française ?

« Utilisez la nature, cette immense auxiliaire dédaignée. Faites travailler pour vous tous les souffles de vent, toutes les chutes d’eau (…) Réfléchissez au mouvement des vagues, au flux et reflux, au va-et-vient des marées. Qu’est-ce que l’océan ? Une énorme force perdue. Comme la terre est bête ! Ne pas employer l’océan ! » Victor Hugo, 1874

Et si Victor Hugo avait vu juste ? Et si notre avenir passait par les énergies marines (EMR) ?

Qu’est-ce que les EMR ? Quels enjeux ? Quelles opportunités ? Quelques éléments de réponse …

Les énergies marines renouvelables : Kezako ?

On distingue 6 ressources marines valorisables technologiquement en électricité (classées ici selon leur niveau de maturité technologique) :
– l’énergie marémotrice (différence de hauteur entre marée haute et marée basse)
– l’éolien offshore
– l’hydrolien (courant sous-marins)
– le houlomoteur (énergie des vagues et de la houle)
– l’ETM (valorisation de la différence de température entre des eaux de surface et de profondeur)
– l’énergie osmotique (différence de salinité entre eau douce et eau salée)

On trouvera parfois inclus dans les EMR les STEP Marines (stockage d’énergie par pompage et turbinage de l’eau de mer), le SWAC (géothermie marine) et la biomasse marine (algues), déjà appelée à remplacer nos carburants fossiles.

La France a longtemps été leader mondial des EMR avec la mise en service en 1966 de la centrale marémotrice de la Rance en Bretagne (240 MW), dépassée depuis 2011 par la Corée du Sud (une centrale marémotrice de 254 MW).

1 – Réduire la dépendance énergétique de la France ?

Près de 100% du déficit commercial de la France (61 Md€) est dû aux importations énergétiques (gaz, pétrole, charbon, uranium). Les ventes d’électricité à nos voisins viennent réduire légèrement ce déficit à hauteur de 2,6 Md€ (2012).
(source : https://www.lenergieenquestions.fr/balance-commerciale-et-energie-en-france-infographie/)

Il est facile de se perdre dans les nombreuses estimations de potentiels énergétiques des différentes énergies marines, j’ai pu faire ressortir dans le cadre de mes recherches pour ma thèse professionnelle les tendances suivantes de potentiels techniquement exploitables (PTE) : 100 TWh pour l’énergie marémotrice, 40 TWh pour le houlomoteur, 5 à 14 TWh pour l’hydrolien, 7 TWh pour l’ETM et 90 TWh pour l’éolien offshore.

Ces valeurs sont à comparer avec la consommation électrique annuelle de la France (environ 500 TWh).

Même si les énergies marines ne couvriront pas les importations d’énergies fossiles consommées principalement dans le transport et l’industrie, elles participeront au rééquilibrage du mix électrique français (objectif de 50% de nucléaire en 2025), aux objectifs du Grenelle de l’environnement (27% d’électricité renouvelable en 2020), bénéficieront des avancées technologiques du stockage de l’énergie et de la conversion de l’électricité en gaz (méthane et hydrogène) et soutiendront l’électrification du parc automobile français.

Note spécifique sur l’ETM : les données sur le potentiel techniquement exploitable de l’ETM varient fortement selon les rapports publiés. On peut cependant le limiter à 7 TWh en France, ce qui correspond à la production électrique dans les DOM en 2012. La technologie ETM présente des coûts de production supérieurs mais son exploitation dans les DOM où les coûts de production de l’électricité sont beaucoup plus importants en fait une technologie d’avenir.

2 – A quel coût ?

Les estimations de différents cabinets de consulting et de l’institut d’excellence en énergie décarbonnée (IEED) France Energie Marine, s’attendent à des baisses importantes des coûts de production du MWh à partir de ces différentes énergies, pour arriver à 150€/MWh en 2020 et 100€/MWh en 2025/2030.

Ces coûts paraissent encore aujourd’hui importants mais sont à mettre en perspective avec les enjeux environnementaux, les augmentations annoncées des coûts de l’électricité pour couvrir les investissements conséquents à venir dans le parc nucléaire français vieillissant et les autres énergies renouvelables, et avec les coûts de production annoncés des nouvelles centrales EPR (109 €/MWh sur 35 ans en Angleterre, 107€/MWh à Flamanville).

3 – Une opportunité industrielle pour la France !

La France dispose d’une industrie diversifiée et reconnue mondialement dans les secteurs parapétroliers, de l’énergie et de la construction navale. Ces acteurs se positionnent sur l’ensemble de la chaîne de valeur des EMR :
– Etudes océaniques (Ifremer, InVivo, universités et centres de recherche …)
– Intégrateurs de systèmes de conversion de l’énergie marine (Alstom, DCNS, Areva, …)
– Fournisseurs d’équipements électriques (Alstom, Schneider, ABB, Siemens, …)
– Ingénierie et travaux offshore (Technip, SBM, France Telecom Marine, STX, …)
– Ingénierie et travaux électriques (Vinci, Eiffage, SPIE, Cofely, …)
– Développeurs et exploitants (EDF EN, GDF Suez, EOLE RES, Nass&Wind, …)

Ces acteurs drainent un écosystème constitué de PME et grands groupes fournissant produits et services.

4 – Des projets en France ?

La France met en place une politique incitative au développement d’une filière des EMR à travers des appels à manifestation d’intérêts (AMI) pour des projets démonstrateurs et pilotes et des appels d’offres pour les projets matures (éolien offshore). Des sites d’essai des technologies, en partie financés par l’Etat, sont en cours de déploiement sur le territoire.

Les territoires et l’Union Européenne s’engagent également en octroyant des financements et en accompagnant le développement de la filière. Ce développement passe par les pôles de compétitivité qui accompagnent les porteurs de projets dans la structuration et la maturation de la filière.

Ces différents soutiens permettent le déploiement d’une vingtaine de projets à  ce jour en France : éolien offshore posé le long de la côte Atlantique et de la Manche, éolien flottant en Méditerranée, hydrolien au Nord de la Bretagne et de la Normandie, houlomoteur sur la côte Atlantique et à la Réunion, ETM en Outre-Mer…

Difficile au vu des incertitudes sur les potentiels énergétiques et montants d’investissements, de chiffrer le marché des EMR en France. A partir des potentiels techniquement exploitables identifiés, des puissances installables (50 à 75 GW) et des montants d’investissement par MW annoncés (environ 4€/MW installé en 2015), le marché français pourrait représenter 150 Md€.

5 – Un marché mondial !

La France présente le 2ème potentiel mondial pour les EMR après le Royaume Uni et devant le Canada. La France a pris du retard face au Royaume Uni et cherche à le rattraper avec la mise en place des différents mécanismes incitatifs. Des estimations tablent sur des investissements à venir de l’ordre de 1000 milliards d’euros sur le seul continent européen.

La France a construit sa grandeur grâce à la mer et à ses ports. L’avenir de l’industrie française passera par les usines d’éoliennes offshores et d’hydroliennes, en projets à Saint Nazaire, Cherbourg et le Havre, par les centres d’ingénierie répartis en Ile de France et sur l’ensemble du territoire français, par les ports et les industriels qui prévoient de s’y implanter, par les fournisseurs et sous-traitants qui cherchent à diversifier leurs revenus.

Ce développement auquel je m’attends nécessitera la levée de verrous technologiques et réglementaires, la poursuite de l’implication des grands groupes et passera par une meilleure coordination entre acteurs.

L’industrie française a besoin d’ingénieurs, chercheurs, managers, formateurs, … capables d’accompagner le développement de cette filière et d’exporter à l’international l’expertise et les solutions développées en France. Prêts à relever le défi ?

Maxime Bousseaud
MS Energie 2013
Note de synthèse tirée de ma thèse professionnelle :
« Collaboration industrielle dans les Energies Marines Renouvelables :
Enjeux pour la filière et positionnement pour l’entreprise ABB en France »

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A propos Maxime Bousseaud

Ingénieur Icam - MS Management et Marketing de l'Energie Business Developer dans le secteur de l'Energie Bio : Originaire de Nantes, j’ai été diplômé Ingénieur Icam en 2012 après 3 années passées en alternance au sein du service énergies renouvelables de Terrena (44). Passionné par le secteur de l’énergie depuis une dizaine d'années, j’ai également effectué un stage au Canada chez un intégrateur d’énergies renouvelables en 2010. Ces différentes expériences m’ont amené à intégrer le Mastère Spécialisé Management et Marketing de l’Energie, afin d’y compléter ma formation d’ingénieur par des compétences marketing et commerciales, et élargir ma connaissance du domaine de l’énergie. C'est dans le cadre de cette formation, suivie en alternance, que j'ai intégré le groupe ABB en 2012 pour une mission de chargé de business développement. Actuellement en recherche d'opportunités dans le domaine des énergies marines et des énergies renouvelables.
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