6ème festival de Géopolitique à Grenoble Ecole de Management – Table ronde « Géopolitique des tubes : les grands (en)jeux de l’énergie. »

Cette table ronde organisée dans le cadre du 6ème Festival de Géopolitique à Grenoble Ecole de Management a réuni 3 spécialistes des enjeux énergétiques en Eurasie autour d’Olivier Cateura, directeur du Mastère Spécialisé Marketing et Management de l’Energie.

Marina Glamotchak, consultante spécialiste des Balkans, Sophie Hou, doctorante en géographie et professeur et Nicolas Mazzuchi, directeur de Polémos Consulting et chercheur associé à l’IRIS vont nous proposer un éclairage sur la géopolitique des tubes – gazoducs et oléoducs – dans le vaste espace allant des Balkans au Japon.

  1. Les zones d’influence de la Russie et de la Chine s’élargissent

Cette région est dominée par la Chine et la Russie. Marina Glamotchak nous explique que la Russie cherche à avoir de plus en plus d’influence dans la région des balkans concernant les choix d’investissement liés à l’énergie. Elle rappelle qu’en 2007 a eu lieu le sommet de l’Energie de l’Europe du Sud Est à Zagreb, réunissant le Président Poutine et les chefs d’Etat de la région, illustrant bien le rapprochement entre les pays.

La position géographique de la Russie, à la fois en Europe et en Asie, est un véritable atout, selon Sophie Hou. Malgré les récents événements géopolitiques, la Russie reste aussi très liée à l’Europe de l’Ouest, du fait du projet Northstream, la construction d’un gazoduc reliant la Russie à l’Allemagne. Si le réseau gazier est très développé à l’Ouest de l’Oural, ce n’est pas le cas sur toute la partie Est de la Russie. Vers la frontière russo-chinoise, des projets de constructions de pipes sont en cours, mais beaucoup de contrats sont bloqués. Nicolas Mazzuchi nous explique en effet, que malgré des intérêts convergents, la Russie et la Chine ont beaucoup de mal à s’entendre sur les problématiques liées à l’énergie.

La Chine préfère se tourner vers les autres pays membres de la coopération économique de Shanghai comme le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan – ce dernier n’étant pas membre de la coopération mais possédant de gigantesques ressources gazières – pour signer des accords liés aux ressources énergétiques.

  1. Sécuriser les approvisionnements, et assurer les exportations

La succession de contrats, de partenariats, de privatisations reflètent l’importance des questions liées à l’énergie dans les deux pays. Les 3 intervenants s’accordent à dire que si l’Europe de l’Ouest est, pour le moment, dépendante des exportations de gaz russe, la Russie ne peut se passer de la demande de cette dernière. En effet, les exportations de gaz vers l’Europe de l’ouest représentent plus de 70% des exportations de gaz russe, et le marché intérieur est quasiment déficitaire (le gaz en Russie est bien moins cher qu’à l’export, pour favoriser les industries sur le territoire).

Par ailleurs, la Russie a besoin de sécuriser ses exportations, et cherche à ne pas avoir affaire avec l’Ukraine ou la Biélorussie, deux pays avec lesquels le gouvernement russe est régulièrement en conflit. Les Balkans jouent ici un rôle clef, puisqu’ils représentent une zone de pivot pour les exportations de gaz russe : ils sont au cœur du projet SouthStream, un gazoduc reliant la Russie à l’Europe de l’Ouest par le Sud.

Sophie Hou a aussi présenté des projets en cours à l’Est : des gazoducs et des oléoducs sont en construction pour approvisionner le Japon et la Chine

En effet, la Chine, bien qu’elle soit le 4ème producteur mondial de pétrole, doit faire face à une demande intérieure très importante. Les entreprises chinoises ont déjà mis en place des contrats d’exclusivité avec les compagnies pétrolières du Kazakhstan et gazières du Turkménistan pour approvisionner et exporter les ressources. Certains gazoducs et oléoducs sont déjà en fonctionnement.

De plus, au Sud, précisément en Birmanie, la construction de gazoducs et d’oléoducs est déjà en cours. Nicolas Mazzuchi nous montre que le but clairement affiché est de sécuriser les approvisionnements, en étant moins dépendant du pétrole iranien. L’acheminement par bateaux passant par deux détroits – Ormuz (très fréquenté et contrôlé par les Etats-Unis) et Malacca (la plus importante zone de piraterie) – est jugé de plus en plus risqué.

  1. Les enjeux énergétiques très liés à la géopolitique de la région

Les 3 intervenants mettent en valeur le fait que les grands projets liés à l’énergie n’aboutissent qu’après de longues négociations et échanges entre les différentes parties.

L’impact sur les régions concernées peut être très important. Marina Glamotchak utilise notamment l’image d’une araignée tissant sa toile pour caractériser l’influence grandissante de la Russie sur les Balkans. On peut noter également que le Kazakhstan et le Turkménistan deviennent de plus en plus dépendants de la Chine concernant les exportations de leurs ressources.

La table ronde se conclue avec une question concernant le gaz de schiste. L’annonce de son exploitation peut-elle changer les relations que l’Europe de l’Ouest a avec la Russie ? Les 3 intervenants sont d’accords sur ce point, mais concèdent que le prix à payer sera très élevé.

 

Merci à Marina Glamotchak, Nicolas Marzucci, Sophie Hou et Olivier Cateura pour la qualité de leur intervention.

Charlotte CANY

 

 

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